L’Inde est le lieu de rencontre des religions. Et parmi elles, l’hindouisme seul est, à lui seul, une réalité vaste et complexe : ce n’est pas tant une religion qu’une grande masse diversifiée de pensée spirituelle, de réalisation et d’aspiration, subtilement unifiée.
Une direction spirituelle totale, donnée à toute la vie et à toute la nature, peut seule élever l’humanité au-delà d’elle-même… Ce miracle évolutif ne peut se produire que par l’émergence complète de l’âme, la descente totale de la lumière et de la puissance natives de l’Esprit, et le remplacement ou la transformation—et l’élévation—de notre nature mentale et vitale insuffisante par une Supernature spirituelle et supramentale.
L’idée agressive et profondément illogique d’une seule religion pour toute l’humanité — une religion universelle par la seule force de sa propre étroitesse : un ensemble de dogmes, un culte, un système de cérémonies, une ordonnance ecclésiastique, une série d’interdictions et d’injonctions que tous les esprits doivent accepter sous peine de persécution par les hommes et de rejet spirituel ou de châtiment éternel par Dieu — cette création grotesque de l’irrationalité humaine, qui a engendré tant d’intolérance, de cruauté et d’obscurantisme, ainsi que de fanatisme agressif, n’a jamais réussi à s’enraciner solidement dans la mentalité indienne.
Plus nous regardons profondément, plus nous serons convaincus que la seule chose qui manque — celle que nous devons nous efforcer d’acquérir avant toutes les autres — c’est la force : force physique, force mentale, force morale ; mais surtout force spirituelle, qui est la source inépuisable et incorruptible de toutes les autres. Si nous avons la force, tout le reste nous sera ajouté facilement et naturellement.
Le yoga est un nom générique pour toute discipline par laquelle on tente de sortir des limites de sa conscience mentale ordinaire vers une conscience spirituelle plus vaste.
La spiritualité est la clé maîtresse de l’esprit indien. C’est cette inclination dominante de l’Inde qui donne son caractère à toutes les expressions de sa culture. En fait, elles sont nées de sa tendance spirituelle innée, dont sa religion est une floraison naturelle. L’esprit indien a toujours compris que le Suprême est l’Infini, et il a perçu que, pour l’âme dans la Nature, l’Infini doit toujours se présenter sous une variété infinie d’aspects.
La mouche qui touche le miel ne peut plus utiliser ses ailes ; de même, l’âme qui s’attache à la douceur spirituelle ruine sa liberté et entrave la contemplation.
Le yoga que nous pratiquons n’est pas seulement pour nous-mêmes, mais pour le Divin. Son but est de mettre en œuvre la volonté du Divin dans le monde : d’opérer une transformation spirituelle et de faire descendre une nature divine et une vie divine dans la nature mentale, vitale et physique de l’humanité, ainsi que dans sa vie. Son objet n’est pas la délivrance personnelle, bien que la délivrance soit une condition nécessaire du yoga ; mais la libération et la transformation de l’être humain. Ce n’est pas une félicité personnelle, mais la descente de la félicité divine — le Royaume des Cieux du Christ, notre Satyayuga — sur la terre.
La Gita est le plus grand évangile des œuvres spirituelles jamais encore offert à la race humaine.
Chaque religion a aidé l’humanité. Le paganisme a accru en l’homme la lumière de la beauté, l’ampleur et la hauteur de sa vie, son aspiration à une perfection à multiples facettes ; le christianisme lui a donné une vision de l’amour divin et de la charité ; le bouddhisme lui a montré une voie noble pour devenir plus sage, plus doux, plus pur ; le judaïsme et l’islam lui ont appris à être fidèles religieusement dans l’action, et dévoués avec zèle à Dieu ; l’hindouisme lui a ouvert les plus vastes et les plus profondes possibilités spirituelles.
Les religions, les doctrines et les formes ne sont que des signes extérieurs de l’élan spirituel ; et la religion elle-même est l’action intense par laquelle elle cherche sa force intérieure. Son mouvement expansif se manifeste dans la pensée qu’elle projette sur la vie, dans les idéaux qui ouvrent de nouveaux horizons, et que l’intellect accepte tandis que la vie s’efforce de les assimiler.
L’hindouisme… ne s’est donné aucun nom, parce qu’il ne s’est fixé aucune limite sectaire ; il ne revendiquait aucune adhésion universelle ; il n’affirmait aucun dogme unique infaillible ; il n’établissait aucun chemin étroit ni aucune porte unique de salut. C’était moins une doctrine ou un culte qu’une tradition sans cesse élargie de l’effort de l’esprit humain vers Dieu. Une immense préparation à multiples facettes, à multiples étapes, pour se construire et se trouver soi-même spirituellement : il avait le droit d’en parler sous le seul nom qu’il connaissait, la religion éternelle, le Sanâtana Dharma.
La voie spirituelle consiste à tomber face contre terre, à se relever, à se débarrasser de la poussière, à se retourner en regardant Dieu avec une certaine gêne, puis à faire le pas suivant.
L’enjeu le plus vital de notre époque est de savoir si le progrès futur de l’humanité sera gouverné par l’esprit économique moderne et matérialiste de l’Occident, ou par un pragmatisme plus noble, guidé, élevé et éclairé par la culture spirituelle et la connaissance.
Les voyants de l’Inde ancienne, dans leurs expériences et leurs efforts de formation spirituelle, ainsi que dans la conquête du corps, ont perfectionné une découverte qui, par son importance pour l’avenir du savoir humain, éclipsait même les divinations de Newton et de Galilée. Même la découverte de la méthode inductive et expérimentale en science n’était pas plus décisive.
Le but unique de [mon] yoga est le développement intérieur du Soi : ainsi, chacun qui le suit pourra, avec le temps, découvrir le Un Soi en tout et évoluer vers une conscience plus élevée que la conscience mentale — une conscience spirituelle et supramentale qui transformera et divinisera la nature humaine.
La croissance progressive de la conscience finie de l’homme vers ce Soi, vers l’universel, l’éternel, l’infini — en un mot, sa croissance vers la conscience spirituelle par le développement de son être naturel ordinaire, ignorant, en une nature divine illuminée : voilà, pour la pensée indienne, la signification de la vie et le but de l’existence humaine.