Sri Aurobindo Citations sur la religion
L’Inde est le lieu de rencontre des religions. Et parmi elles, l’hindouisme seul est, à lui seul, une réalité vaste et complexe : ce n’est pas tant une religion qu’une grande masse diversifiée de pensée spirituelle, de réalisation et d’aspiration, subtilement unifiée.
Ce que nous appelons la religion hindoue est en vérité la religion éternelle, parce qu’elle embrasse toutes les autres.
Quand je me suis approché de Dieu à ce moment-là, je n’avais presque pas une foi vivante en Lui. L’agnostique était en moi, l’athée était en moi, le sceptique était en moi, et je n’étais pas absolument sûr qu’il y eût un Dieu. Je ne sentais pas Sa présence. Pourtant, quelque chose m’attirait vers la vérité des Védas, la vérité de la Gita, la vérité de la religion hindoue.
Si une religion n’est pas universelle, elle ne peut être éternelle. Une religion étroite, une religion de secte, une religion exclusive ne peut vivre que pour un temps limité et un but limité.
L’idée agressive et profondément illogique d’une seule religion pour toute l’humanité — une religion universelle par la seule force de sa propre étroitesse : un ensemble de dogmes, un culte, un système de cérémonies, une ordonnance ecclésiastique, une série d’interdictions et d’injonctions que tous les esprits doivent accepter sous peine de persécution par les hommes et de rejet spirituel ou de châtiment éternel par Dieu — cette création grotesque de l’irrationalité humaine, qui a engendré tant d’intolérance, de cruauté et d’obscurantisme, ainsi que de fanatisme agressif, n’a jamais réussi à s’enraciner solidement dans la mentalité indienne.
Tout fanatisme est faux, parce qu’il contredit la nature même de Dieu et de la Vérité. La Vérité ne peut être enfermée dans un seul livre, une Bible, un Veda ou un Coran, ni dans une seule religion. L’Être divin est éternel, universel, infini : il ne peut être la propriété exclusive des musulmans, ni seulement des religions sémitiques — celles qui, issues de la ligne de la Bible, ont eu pour fondateurs des prophètes juifs ou arabes.
La Vérité Divine est plus grande que toute religion, tout credo, toute Écriture, toute idée ou toute philosophie.
La spiritualité est la clé maîtresse de l’esprit indien. C’est cette inclination dominante de l’Inde qui donne son caractère à toutes les expressions de sa culture. En fait, elles sont nées de sa tendance spirituelle innée, dont sa religion est une floraison naturelle. L’esprit indien a toujours compris que le Suprême est l’Infini, et il a perçu que, pour l’âme dans la Nature, l’Infini doit toujours se présenter sous une variété infinie d’aspects.
La spiritualité est bien plus vaste que toute religion particulière. Dans les grandes idées qui nous parviennent maintenant, même la plus grande religion n’est plus qu’une vaste branche ou un rameau de la seule religion universelle. Par elle, nous comprendrons dans l’avenir la quête de l’homme pour l’éternel, le divin, le plus grand Soi, la source de l’unité, et sa tentative d’établir une certaine équation—une approximation toujours plus grande des valeurs de la vie humaine avec les valeurs éternelles et divines.
Chaque religion a aidé l’humanité. Le paganisme a accru en l’homme la lumière de la beauté, l’ampleur et la hauteur de sa vie, son aspiration à une perfection à multiples facettes ; le christianisme lui a donné une vision de l’amour divin et de la charité ; le bouddhisme lui a montré une voie noble pour devenir plus sage, plus doux, plus pur ; le judaïsme et l’islam lui ont appris à être fidèles religieusement dans l’action, et dévoués avec zèle à Dieu ; l’hindouisme lui a ouvert les plus vastes et les plus profondes possibilités spirituelles.
Les religions, les doctrines et les formes ne sont que des signes extérieurs de l’élan spirituel ; et la religion elle-même est l’action intense par laquelle elle cherche sa force intérieure. Son mouvement expansif se manifeste dans la pensée qu’elle projette sur la vie, dans les idéaux qui ouvrent de nouveaux horizons, et que l’intellect accepte tandis que la vie s’efforce de les assimiler.
Il y a quatre grands événements dans l’histoire : le siège de Troie, la vie et la crucifixion du Christ, l’exil de Krishna à Brindaban, et l’entretien sur le champ de Kurukshetra. Le siège de Troie a engendré l’Hellas ; l’exil à Brindaban a engendré la religion dévotionnelle (car avant, il n’y avait que la méditation et le culte) ; le Christ, depuis sa croix, a humanisé l’Europe ; et l’entretien à Kurukshetra libérera encore l’humanité.
L’hindouisme… ne s’est donné aucun nom, parce qu’il ne s’est fixé aucune limite sectaire ; il ne revendiquait aucune adhésion universelle ; il n’affirmait aucun dogme unique infaillible ; il n’établissait aucun chemin étroit ni aucune porte unique de salut. C’était moins une doctrine ou un culte qu’une tradition sans cesse élargie de l’effort de l’esprit humain vers Dieu. Une immense préparation à multiples facettes, à multiples étapes, pour se construire et se trouver soi-même spirituellement : il avait le droit d’en parler sous le seul nom qu’il connaissait, la religion éternelle, le Sanâtana Dharma.
La religion hindoue apparaît… comme une cathédrale-temple, à moitié en ruines : noble dans sa masse, souvent fantastique dans le détail, mais toujours fantastique avec, ici et là, une signification qui s’effrite ou qui est mal conservée ; pourtant c’est une cathédrale-temple où le service est encore rendu à l’Invisible, et où sa présence réelle peut être ressentie par ceux qui y entrent avec le bon esprit.
La religion indienne a toujours senti que, puisque les esprits, les tempéraments et les affinités intellectuelles des hommes sont illimités dans leur diversité, une liberté parfaite de pensée et de culte doit être accordée à l’individu dans sa manière d’aborder l’Infini.
